L’économie de la transition énergétique : des opportunités à saisir, des défis à surmonter en Occitanie comme ailleurs

Le 7 avril 2021 | 355 vues | Etudes
usine de production de trains à hydrogène Alsthom à Tarbes

Temps de lecture : 7 mn

La transition écologique et énergétique génère à la fois des opportunités et des défis sur le plan économique. S’il existe aujourd’hui un consensus croissant sur le bilan économique positif de la transition à moyen et long terme, la valorisation de ce potentiel économique exige de nouveaux mécanismes de financement innovants, un fort accompagnement pour la transition des secteurs concernés et une attention forte sur les enjeux de justice sociale. Alors que la crise économique et sanitaire met en avant le besoin de renforcer la résilience des territoires et que des plans de relance sont mis en œuvre à l’échelle régionale, nationale et européenne, cet article vise à proposer une synthèse des principaux enjeux autour de l’économie de la transition énergétique.

Repenser nos modèles économiques avec la transition écologique

Si on souhaite comparer l’économie de la transition énergétique avec le modèle capitaliste et productiviste traditionnel, deux différences principales émergent. D’une part, en ce qui concerne la prise en considération de la finitude des ressources et de leurs conséquences sur l’hypothèse d’une croissance infinie, mis en évidence par les travaux du Club de Rome dès 1972 avec leur fameux rapport sur « Les limites à la croissance ».[i]
Et d’autre part, l’attention de plus en plus forte accordée au long terme et aux interactions entre le système économique et l’écosystème terrestre, autour du concept des « limites planétaires ».[ii]

L’analyse économique de la transition bas carbone fournit un exemple particulièrement prégnant de ce changement d’approche, en faveur d’une économie de l’environnement et du climat.

Les travaux de l’économiste britannique Nicolas Stern (2006) ont ainsi permis de mettre en évidence le risque économique majeur que fait peser le changement climatique sur l’économie mondiale à long terme : selon le rapport publié en 2006, le coût de l’inaction face au changement climatique pourrait atteindre jusqu’à 20 % du PIB mondial d’ici 2100, contre 1 % pour un scénario ambitieux de réduction des émissions de gaz à effet de serre.[iii]

Comprendre l’économie de la transition énergétique

On assimile parfois la transition énergétique sur le plan physique comme la substitution des énergies de stock (énergies fossiles) par des énergies de flux (énergies renouvelables).

De la même manière, on peut résumer le changement économique sous-jacent par le fait de remplacer une économie « du court terme » fonctionnant avec des investissements relativement faibles et des coûts opérationnels très importants par une économie fondée sur des investissements de long terme et des coûts opérationnels très réduits. 

Le graphique ci-dessous illustre ce changement de paradigme en comparant la structure de coût de différents moyens de production d’électricité. On voit ainsi que l’investissement initial pèse faiblement dans le kWh produit à partir de charbon, tandis que le coût opérationnel (achat combustible, entretien, prix CO2) est prépondérant.

A l’inverse, la part de l’investissement initial est prépondérante pour l’éolien et le photovoltaïque, qui affichent des coûts opérationnels très faibles.

Structure de répartition des coûts de production de différentes technologies de production d’électricité

Source : AREC, données AIE (2010)

Le même raisonnement s’applique par ailleurs aux mesures d’efficacité énergétique. La viabilité économique d’une rénovation énergétique performante met face à face un investissement initial très important (de l’ordre de 20 à 35 k€ pour une rénovation « bâtiment basse consommation ») qui sera rentabilisé par la forte réduction de la facture énergétique (jusqu’à 80 %) sur une durée de 15 à 30 ans.

Un bilan économique largement positif pour la transition énergétique

L’analyse des coûts et des bénéfices de la transition énergétique est de mieux en mieux étudiée. Et un consensus important semble aujourd’hui se dégager sur l’effet macroéconomique positif d’une transition énergétique ambitieuse, et ce sans même prendre en compte le coût des effets dus au changement climatique.

A l’échelle française, un important travail d’analyse avait été réalisé lors du « Débat national sur la transition énergétique » organisé entre 2012 et 2013.

Celui-ci débouchait sur un résultat sans appel : les trajectoires de forte réduction des émissions de gaz à effet de serre (facteur 4 d’ici 2050) génèrent un gain net cumulé compris entre 300 et 1000 milliards d’euros d’ici 2050.[iv]

Plus récemment, l’analyse macroéconomique conduit pour les scénarios 2030-2050 de l’Ademe estiment un gain net de 330.000 emplois en 2030 et de jusqu’à 825 000 emplois en 2050 et un gain de PIB de 2,5 à 3 %.


L’outil TETE permet aux territoires d’évaluer l’impact en emplois de leurs politiques de transition
Créé par le Réseau Action Climat et l’Ademe, l’outil TETE se présente sous la forme d’un tableur Excel détaillé qui permet aux collectivités locales de simuler finement le potentiel de création d’emplois associé à la politique énergie-climat. L’outil est disponible en accès libre sur internet et comporte des vidéos de présentation et un guide d’utilisation. Des formations pour la prise en main de l’outil sont également mises en place. Plus d’informations : https://territoires-emplois.org/


Ces bénéfices économiques s’expliquent par différents facteurs :
des investissements massifs dans des secteurs à forte intensité en emplois et valeur ajoutée locale, à l’instar du bâtiment, des transports et des énergies renouvelables
un niveau d’investissement très important, entrainant l’activité (principe de l’effet multiplicateur keynésien)
des investissements rentabilisés sur le long terme grâce à la réduction de la facture énergétique (et notamment des importations d’énergies fossiles au niveau macro-économique) et induisant une moindre dépendance aux chocs de prix énergétiques


l’évaluation des impacts socio-économiques du scénario Région à énergie positive
Le scénario Région à énergie positive pour l’Occitanie a également fait l’objet d’une analyse macroéconomique, réalisée avec le modèle ThreeME de l’Ademe.[v]
La modélisation illustre les opportunités économiques associées à un scénario de transition ambitieux : au total, ce scénario implique jusqu’à 17% d’investissements en plus dans la région, induisant la création de 90 000 emplois nets additionnels d’ici 2050 ainsi qu’une division par 2 de la facture énergétique des ménages.

Principaux impacts économiques du scénario REPOS à l’horizon 2050

économie de la transition énergétique : les principaux impacts du scénario REPOS à l’horizon 2050

Le défi : sécuriser des investissements additionnels conséquents grâce à des outils adaptés

En raison de l’intensité capitalistique des projets de transition et de leur durée de vie et d’amortissement (15 à 30 ans en moyenne), les modalités de financement représentent en effet un facteur critique pour la viabilité économique des projets.

Autrement dit : pour déclencher les investissements, il faut mobiliser des capitaux disponibles sur le long terme et à des taux d’intérêts bas. 

A titre d’illustration, l’institut I4CE estimait dans son dernier Panorama des financements climat (2019) que 15 à 18 milliards d’euros d’investissements supplémentaires seraient nécessaires en France pour respecter les objectifs de la stratégie nationale bas-carbone.

Cela pose notamment la question des outils de financement publics qui peuvent être mis en œuvre de manière efficace, permettant de générer un fort effet de levier pour soutenir l’investissement par les entreprises, les collectivités locales et les ménages.[vi]


L’Agence régionale énergie climat Occitanie : un outil de financement au profit des territoires
Créée en 2018 à l’initiative de la Région, l’AREC Occitanie a été mis en place comme outil opérationnel de soutien aux projets de transition énergétique des territoires. Elle intervient financièrement au côté des acteurs locaux grâce à différents instruments.


Au travers de son pôle « Développement, Innovation, Participations », l’AREC gère différents outils d’investissements visant à accompagner le co-développement de projets d’énergies renouvelables matures, le co-financement dans les projets innovants et à risque, ou encore l’investissement dans les projets d’efficacité énergétique dans l’industrie, le tertiaire et les bâtiments publics.


L’AREC coordonne depuis 2019 le Service public intégré pour la rénovation énergétique, Rénov’Occitanie qui développe un réseau de guichets uniques sur les territoires ainsi qu’une offre de tiers-financement de travaux de rénovation performants à destination des propriétaires.


Transition énergétique et sortie de crise : une double opportunité

La crise économique et sanitaire actuelle nous met face à la vulnérabilité de nos sociétés face aux chocs externes et au besoin urgent de renforcer la résilience de nos territoires sur tous les plans, économique, social et écologique.

Les projets de transition énergétique et plus largement écologique permettent de contribuer à cette quête de résilience : en favorisant la création d’activités économiques dans les territoires, qui participent de manière soutenable aux efforts d’adaptation et d’atténuation du changement climatique, tout en créant les emplois et filières industrielles de demain. 

Ou comme le formule de manière plus affirmée le Haut Conseil pour le Climat dans son rapport annuel 2020 : « l’enjeu n’est pas d’intégrer le climat au cadre du plan de reprise, mais d’insérer le plan de reprise dans les limites du climat […] Ces secteurs d’avenir, comme la rénovation énergétique des bâtiments, la décarbonation des transports, et l’évolution du système alimentaire sont, aujourd’hui encore, évalués comme étant les mieux à même de réorienter les investissements vers une économie décarbonée, et de répondre aux attentes économiques et sociales ».


La rénovation énergétique, levier du plan de relance en Occitanie
La rénovation énergétique apparaît régulièrement comme le secteur privilégié pour les plans de relance post-crise, que ce soit à l’échelle européenne, nationale ou encore régionale.

En effet, ce secteur combine :
• Une importance clé pour la réduction des émissions de CO2 et de la consommation d’énergie
• Un potentiel de création d’emplois et de valeur ajoutée locale parmi les plus importants de tous les secteurs économiques
• Une rapidité de déploiement des projets, capable de générer un fort impact à court terme.

En phase avec les objectifs de la stratégie région à énergie positive et la Région consacre un volet à la rénovation énergétique dans son plan de relance pour l’emploi. Afin d’atteindre l’objectif de 52 000 rénovations performantes par an d’ici 2030 (et 75 000 au-delà), différents dispositifs ont été mis en place et renforcés :
• L’éco-chèque logement qui offre 1500 euros d’aide pour la rénovation énergétique
• Création du service public intégré de la rénovation énergétique – Renov’Occitanie
• Lancement du plan bâtiment durable Occitanie


[i] Pour plus d’informations, voir cette interview de Dennis Meadows, auteur principal du rapport de 1972 ainsi que l’extrait disponible en français du rapport actualisé paru en 2004.

[ii] Pour plus d’informations sur le concept des 9 limites planétaires et de l’analyse de leur état en France, voir le rapport 2019 sur l’état de l’environnement en France.

[iii] Pour plus d’informations, voir par exemple cet article de presse, la note de synthèse du Ministère de l’Économie de 2020, ou encore le rapport de 2016 de la Commission Mondiale sur l’Economie et le Climat

[iv] Rapport du groupe de travail N°4 du DNTE : Quels coûts, quels bénéfices et quel financement de la transition énergétique ?

[v] Pour plus de détails sur la méthode utilisée et son application au cas d’étude de la région Occitanie, voir Ademe (2018) Ademe & Vous, La Lettre Stratégie N°56.

[vi] Pour une analyse détaillée des enjeux de financement de la transition énergétique voir : IDDRI (2015) : Comment financer la transition énergétique ? Éléments d’analyse pour une approche stratégique, Working Paper N°01/2015.

Photo de couverture : Usine de production de motrices à hydrogène Alsthom à Tarbes – photo Sébastien Lapeyrere – Région Occitanie

Le WebMag pour une Région à Energie Positive

Le Webmagazine Pour être une Région à énergie positive se veut le reflet de la dynamique territoriale de l’ensemble des acteurs d’Occitanie. Il s’adresse en particulier à toutes celles et ceux qui en sont partie prenante et souhaitent s’informer sur le processus de transition énergétique en Occitanie. Il s’attache à faire vivre la trajectoire régionale pour devenir une Région à énergie positive d’ici 2050.