La mobilité dans la trajectoire Région à énergie positive d’Occitanie. De l’ambition au suivi de la trajectoire, regards croisés

Le 15 octobre 2020 | 323 vues | Interviews
Objectifs scénario région à énergie positive Occitanie

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La mobilité est un levier incontournable de la trajectoire Région à Énergie Positive. Cette trajectoire évolutive, connait des actualisations régulières pour tenir compte des évolutions dans les technologies, dans les pratiques mais aussi dans les connaissances sur les différents sujets de la transition écologique.

Entretien sur l’état d’avancement des réflexions et des actions autour des mobilités durables en Occitanie avec Bénédicte Riey, chargée de projet Transition Énergétique et Territoires à la Région Occitanie ; Jérôme Llobet, Coordinateur du Pôle Territoire Durable à l’ADEME Occitanie ; et Bertrand Buineau, Responsable du service Intermodalité Accessibilité -SIA- à la Région Occitanie.

A l’origine, en 2017, comment ont-été définis les objectifs de la trajectoire Région à énergie positive en termes de mobilités ?

Bénédicte Riey : L’élaboration des objectifs tels qu’ils sont définis dans la version 11 du scénario Région à énergie positive, a été effectuée à partir des Visions ADEME 2030 – 2050, que nous avons déclinées à l’échelle de la Région Occitanie grâce à un important travail de modélisation. Un groupe de travail spécifique sur le sujet a ensuite été réuni pour consolider et partager les objectifs régionaux qui sont aujourd’hui notre cap : réduire de plus de 60% les consommations d’énergie liées aux transports et à la mobilité.

Jérôme Llobet : Dès le départ nous nous sommes donnés comme objectif principal, et il est important de le rappeler, de réduire drastiquement  l’auto-solisme . C’est-à-dire que les déplacements individuels en voiture soient remplacés par d’autres modes ou faits avec des véhicules à moindre impact. L’idée n’était pas de faire que les gens se déplacent moins, mais qu’ils se déplacent autrement, avec des pratiques alternatives moins consommatrices d’énergie : vélo, transports en commun, mais aussi mobilité servicielle  (co voiturage, espaces de co working, teletravail…) et nouvelles motorisations.

Pour autant, les choses ont évolué très vite ces dernières années dans les mobilités; est ce que les objectifs sont toujours d’actualité ?

Jérôme Llobet : C’est vrai que, lorsque nous avons commencé à réfléchir au scénario Région à énergie positive, même si nous connaissions les solutions à encourager et mettre en oeuvre, celles-ci étaient encore à l’état de “signaux faibles” : la pratique du vélo, du covoiturage, les nouvelles motorisations, le télétravail… étaient balbutiantes. Il était difficile de se projeter à 15, 20 ou 30 ans. Tout ceci est en train d’évoluer de manière significative, et le volet mobilité de la trajectoire Région à énergie positive  a bien anticipé et suit  cette évolution.

Bénédicte Riey : Dans la 1ère version du scénario, la vision des objectifs et des indicateurs de mobilité était plutôt “macro”. La version 2, développée tout au long de l’année 2019, a permis de travailler plus finement avec les acteurs de l’énergie en région. En particulier, un travail important a été porté sur la manière de sortir du tout pétrole : s’appuyer sur la montée en puissance du BioGNV, des véhicules électriques et de l’hydrogène pour développer une mobilité motorisée ayant un impact très faible sur la qualité de l’air (notamment les oxydes d’azote) et sur les émissions de CO2 qui reste le premier gaz à effet de serre.

Ces derniers mois semblent aussi avoir agi comme accélérateur sur certains aspects de la mobilité. Est ce que la trajectoire Région à énergie positive en tient compte ?

Jérôme Llobet : La fin de l’année 2019 et le début 2020 ont effectivement été marqués par des périodes complexes, mais qui ont créé des dynamiques nouvelles dans les champs de la mobilité. Les signaux faibles d’hier ont pris une ampleur inattendue. Les ventes de véhicules électriques et hybrides ont par exemple explosé à partir de la crise des gilets jaunes; quant à la crise sanitaire COVID 19, elle a amené des milliers de personnes à expérimenter les modes doux, le télétravail, et plus largement à goûter la “démobilité”, avec un tourisme de proximité, un retour à la consommation locale… Cela appelle peut-être à faire évoluer les objectifs.

Bénédicte Riey : On sent que les choses évoluent et qu’il faut aller plus loin. Et pour ce faire il faut pouvoir suivre de manière plus précise et plus fiable les évolutions de pratiques de mobilité en Occitanie. Aujourd’hui le suivi est réalisé via l’Observatoire Régional de l’Énergie (OREO), qui permet de faire un suivi très macro des consommations d’énergie liées aux transports en Occitanie. Mais il faut aller vers une approche de suivi plus fine et plus territoriale : c’est le travail engagé par Bertrand Buineau au sein de la Direction Mobilité de la Région Occitanie.

Bertrand Buineau, vous êtes en charge d’un travail en cours sur les indicateurs qui doit permettre d’affiner le suivi dans le temps des objectifs de mobilité de la trajectoire. Quels sont les écueils à éviter ?

Bertrand Buineau : Il y a une dichotomie assez compliquée à résoudre entre d’une part le suivi qui est opéré sur les opérations menées sur les territoires, à une échelle “micro”, et d’autre part les besoins d’évaluation “macro” à l’échelle de la région. Par exemple, lorsqu’on monte un projet de Pôle d’Échanges Multimodal, on manque souvent d’indicateurs pertinents pour évaluer les gains du point de vue des consommations d’énergie et des émissions de gaz à effet de serre. Sur des projets de covoiturage ou d’autopartage qui ne s’appuient pas sur des applications numériques, il est aussi très complexe de recueillir de la donnée fiable, en particulier dans les territoires peu denses et là où les acteurs sont multiples. Or c’est l’addition de multiples “petites” actions qui permet d’atteindre les objectifs. Le risque est de minimiser l’impact de ces actions sur la trajectoire et de les sous-estimer, alors qu’il est important de les valoriser.

En quoi consiste le travail que vous entamez concrètement avec les territoires ?

Bertrand Buineau : L’idée est d’organiser des ateliers avec les territoires sur leurs projets de mobilités, pour mobiliser les différents acteurs et partenaires locaux autour de la définition et de l’intégration de nouveaux indicateurs dans leur gestion de projet. L’objectif serait que, pour chaque action de mobilité durable en Occitanie, on évalue à la fois :

  • l’impact sociétal : est-ce que ça apporte quelque chose aux gens ?
  • l’impact économique: est-ce que c’est viable, supportable par les Autorités Organisatrices de Mobilité (mais aussi par les usagers) ?
  • l’impact environnemental : est-ce que ça permet de réduire les consommations d’énergie et les émissions de polluants ?

L’enjeu à terme est de définir, à partir des retours d’expériences, des ratios sur les différentes “typologies d’actions” en matière de mobilité durable : il en résultera une sorte de référentiel qui doit permettre d’affiner la compréhension de ce qui fait ou non la réussite (dans le sens “impact positif”) d’une action locale.

De l’ambition au suivi de la trajectoire, regards croisés

Bertrand Buineau : L’objectif est que ces indicateurs à l’échelle “micro” permettent de mieux qualifier l’évolution des usages de déplacements (ou de non-déplacements) au niveau “macro”. L’idée n’est pas nécessairement d’agréger les données recueillies localement, mais plutôt de multiplier les retours d’expériences sur un maximum d’actions différentes pour affiner les projections à l’échelle régionale. Par exemple, si l’on met en place une flotte de véhicules électriques sur un territoire, quels sont les impacts « mesurables » tant d’un point de vue sociétal, économique, qu’environnemental ?

Une fois ces données recueillies et consolidées, cela va nous permettre d’extrapoler les effets potentiels de chaque mesure si elle était généralisée en Occitanie ou simplement diffusée dans d’autres territoires de la Région. Cela permet aussi de confronter nos hypothèses au terrain, et donc d’ajuster le modèle Région à énergie positive pour le rendre plus proche du réel.

Mais cela peut aussi servir aux territoires eux-mêmes : mieux connaître les impacts potentiels des différents types d’actions en termes de mobilité peut aider les décideurs locaux à définir les actions opérationnelles les mieux adaptées à leur territoire, en fonction de ses enjeux et de ses spécificités.